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Paul-Louis de Létraz

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La dune drosse à la mer

Le parcours ;

Le soleil déclinant

Jette des éclairs

À la face inquiète de l’enfant.

 

D’un oeil amer,

Il regarde alentour,

Cette face noire et mouvante,

Désespérante,

Où l’histoire du monde s’est éparpillée

En de funestes cruautés.

 

S’emmêle son pas ;

Bien que las,

Il le reprend,

Droit devant.

 

Surmontant la dune,

Le pas l’engage vers la lacune ;

L’observent avec méfiance deux grands cygnes,

D’autres s’alignent.

À ailes battues

Par la peur accrue,

S’enfuient les poules d’eau

Alarmant d’autres oiseaux.

Puis succède un grand bois.

L’enfant a froid,

Son corps frisonne

Au souffle humide de l’automne...

 

Le chemin disparait

Dans d’épaisses futaies

Qu’il faut longer,

Dépasser un fortin,

Pour reprendre plus loin

Le passage dégagé

Bordant un plan d’eau

Assombri par un frêle bouleau....

 

D’un essor nonchalant,

S’élève au-dessus du marécage

Et s’éloigne vers le couchant :

Une oie sauvage ;

S’étire, dans la chevelure des grands arbres,

Sur le gris vermoulu de sombres marbres,

La solitude du vent,

Et un songe discourant

Dialogue avec le silence oppressant...

 

Satisfaire un besoin.

Jambes campées,

Les fesses calées

Contre l’écorce rugueuse d’un grand pin,

L’enfant épie les branches

Qui se tendent vers lui,

Veulent enserrer ses hanches

Qui s’y griffent dénudées,

Et s’enfuient,

Le sexe ramassé, gouttant

Sous la culotte mal rajustée,

Comme un certain soir

Par les mains du grand,

Divaguant dans le noir,

Le désir brusqué,

Violenté,

Pillé, abandonné,

Son amour avorté...

 

Sursaute l’enfant,

Quelque chose, prestement,

Disparaît, resurgit

Au-delà d’un taillis,

Bien trop éloignée

Pour être nommée.

 

L’enfant fait fi

De ces ombres fugaces

Que provoque l’imaginaire

Où ingénient,

En de sournoises grimaces :

Des êtres aux formes velléitaires,

Leurs silhouettes disparates

Que, d’un geste et d’un rire, éclatent,

Se reforment,

Par des apparitions soudaines,

Se transforment,

Se déforment,

Épouvantablement vilaines,

Facétie de Korrigan

Suspendue au levant,

Projetée sur les planches

Animées d’un feuillage

© 2017 - paul-louisdeletraz.org

Délimitant les vastes pelouses d’un cottage

Aux façades blanches,

Devant des grands prés

Où paissent de robustes chevaux

Parmi les plaintes bêlées

Des agneaux,

L’empressement brusque des brebis,

La curiosité opportune de corbeaux et de pies

À la sortie de l’orée du bois.

 

Il se fait tard,

L’enfant aux abois,

Son visage distordu sur la mare,

En reflet : une verte chapelle

Déverse sur lui

Une ombre en dentelle

Perlée de pluie,

Sautent des grenouilles,

Et des insectes grouillent.

Bruyamment s’échappe un pluvier,

Entraînant d’autres échassiers

Que l’enfant suit et perd des yeux

Dans le ciel devenu très brumeux...

 

Le regard tombe sur un grand feutre,

Ses larges bords

Débordant le col d’hermine

D’une lourde pèlerine

Sur la masse sombre d’un corps

Qu’un deuil, peut-être ?

Fige cet être

Au pied du calvaire

Dominant le cimetière.

 

Se serait enfui un pleutre

D’avoir surpris

Le diable méditant,

Mais l’enfant

Ne croit pas au diable,

À peine la fable,

Observe avec une insolente minutie

Cette présence assoupie,

Se triture, hésite,

Veut y voir le Christ

Sur ce visage semblant triste.

 

Calmement alors s’en approche,

Dérape sur la mousse d’une dalle,

Bute contre une roche,

Peste et râle,

Surmonte son mal...

 

Décidé, poursuit et s’agenouille

Pour offrir la chaleur de sa main

À la froideur de cette main

Que le désespoir souille,

Déjà la livrerait à la mort

Devançant son heure,

Mais l’heure n’est pas venue

Pour s’emparer de cet inconnu

Mais surprendre l’enfant

À se comporter comme un grand...

La brume déchirée,

Rapidement dispersée

Par un souffle lointain venant de la mer,

Des perles lunaires

Empaquettent les visages,

L’enfant égrène leur laborieux tissage

Que ses doigts ne peuvent conserver

Et laissent en aller ;

Violemment se redresse,

Peur soupçonneuse

À la froideur hautaine,

Parce que l’inconnu l’empoigne fermement

D’une force soudaine

Aux mains toutes galeuses,

Étreinte maladroite de tendresse,

Sur les lèvres un pauvre chant

Qui se dépose sur les lèvres de l’enfant,

Surprend son désir

Qui le fait rougir,

L’autre : d’en rire.

 

Leurs mains disjoignent,

L’enfant confus,

Plantant là l’inconnu

Déjà s’éloigne,

Le coeur empli

De ce partage inaccompli

Contenant le regret

De n’avoir pas succombé à l’attrait...

 

Le sombre calvaire dépassé

D’un pas plus mesuré,

Le chemins dégringole,

À nouveau se gondole ;

Son tracé vulnérable

Dévoré par l’eau et le sable.

Soleil se mourant

Et vent en clarté

Meurtrissent l’oeil de l’enfant

D’une clameur étranglée,

L’épargnent les vagues qui fondent,

Non sa peine

Qu’il alimente en réminiscence et déveine

Imputées au monde,

Non à lui-même,

Écrasant dilemme...

 

Reprend sa course

Le long de la mer,

Le chef coiffé de la Grande ourse ;

C’était hier,

Dans l’absence du jour

Mais l’envie exacerbée d’un amour.

 

Automnale

« À grands traits », poésies 2016

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