À ton cou, se balançait

Au détour d’une route,

Le cœur en déroute,

Tu écrasais de ton pas,

La colère qui était en toi

Et giclait avec fracas.

 

Sans trop savoir pourquoi,

Je t’offris de te conduire,

Tu répondis

Que personne ne saurait te conduire.

 

De ce dépit,

Nous aurions dû en rester là,

Néanmoins tu montas :

« Tu n’as pas peur ?

– Pourquoi aurais-je peur ?… »

 

Rapidement filait la moto,

Tu te portais

Contre mon dos,

Les kilomètres défilaient,

Que jamais ils ne s’arrêtent,

On s’arrêta ;

Ton sourire remercia,

L’œil aux aguets.

 

Une petite croix de faussaire

Se balançait à ton cou,

Cadeau d’un vicaire ;

Elle te fit rire

Et rougir,

Accompagnée d’une moue,

Lorsque je la pris

Dans ma main.

 

Ton front se renfrogna

Lorsque je remis

Ce Christ à ta main,

Qui sur Lui se referma ;

Quel souvenir honteux

Te couve de son feu ?

 

Tu as ôté la médaille de ton cou ;

D’un regard triste,

L’a glissée dans ta poche,

Les yeux baissés

Pour ne pas pleurer.

 

Sur nous,

Un silence défaitiste

Que tu brises sans un reproche,

Les yeux levés

Pour m’excuser.

 

Dans la forêt de tes cheveux,

Au parfum capiteux,

Je mets de l’ordre

Dans leur désordre ;

Cela te surprend

Que l’on s’occupe de toi ;

D’un regard franc

Tu te presses contre moi.

 

Le désir nous perd,

Tu es le guide fier

Qui se dépouille sous ma caresse

Où s’attarde ta tendresse ;

Avec crainte,

Tu t’exposes

À  mon étreinte ;

Ton instinct la dépose

Sur ta verge révélée

Qu’aucun n’a brisée.

 

Ta sueur, que je prends pour un pleur,

Nous emporte dans sa fureur ;

La chaleur de notre jouissance

Nous inonde en abondance ;

Puis le froid

Sur ta peau douce comme la soie.

 

En mordillant mes doigts,

Tu dis  « que chez toi,

Deux garçons ne peuvent s’aimer ;

S’il l’apprenait, ton père,

Qui est sévère

Et boucher,

Te mettrait dehors,

Ce qui serait le bonheur

Pour se retrouver

Et s’aimer ».